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BABACAR GUEYE, AU-DELÀ DU JUGEMENT ET DU VERDICT

3 décembre 2018.
S'il n'avait pas été assassiné par la police de Rennes, Babacar Gueye aurait eu 30 ans cette année...ou peut-être qu'il serait mort à petit feu broyé par le système raciste et tous ses complices que sont l'institution policière, juridique, carcérale mais aussi médicale.
Décédé dans la nuit du 2 au 3 décembre 2015, abattu de 5 balles par un agent de la BAC alors qu'il aurait fait une "crise d'angoisse", Babacar Gueye était en situation de détresse psychologique. Babacar Gueye vivait en France depuis 2015, après avoir quitté le Sénégal en 2012, et un long périple entre le Maroc et l'Espagne.
Trois ans après sa mort on lit souvent qu'il était un homme gentil et souriant, comme pour "l'innocenter"... si de la part de ses proches ces mots ont pour volonté d'honorer sa mémoire, pour d'autres que disent-ils de la perception de la place dans la société et de la valeur d'un homme noir?
On lit aussi de certains que Babacar Gueye était quelqu'un de bien parce qu'il prenait des cours de français et manifestait une "volonté d'intégration"...
Les violences sociales et psychologiques engendrées par la migration et les conditions de vie en France des personnes noires et autres personnes non-blanches ne donnent pas toujours à la souffrance un visage "acceptable" pour la République et ses injonctions assimilationnistes, et nul ne mérite d'être brutalisé et tué par les forces de l'ordre.
La question de la santé mentale des personnes exilées est de plus en plus qualifiée par les associations et autres structures d'"urgence de santé publique".
L'urgence est sociale et politique oui, pour les personnes contraintes à l'exil par les politiques européennes impérialistes et néocoloniales, l'exploitation et l'esclavage, la guerre etc. Et pour les personnes visées par le racisme structurel du système français, dont des personnes en souffrance psychique ballottées entre l’hôpital et la prison, violentées par la police, socialement démunies et vouées à l'isolement, à la précarité et à la dégradation de leur condition.
Les policiers responsables de la mort de Babacar Gueye sont toujours en liberté et en exercice, et si une nouvelle enquête a été ouverte en mars 2017, pour nous le combat pour Babacar Gueye et toutes les personnes qui connaissent le même sort, ou partagent des conditions similaires, va au-delà du verdict d'un tribunal.
Nous voulons :
-L'accès aux soins inconditionnel des personnes exilées (et la régularisation de leur situation administrative) et de toutes les personnes dans le besoin
- L'intervention d'équipes médicales formées - et autres personnes actrices de la santé mentale - et non de forces de l'ordre pour les personnes en souffrance, en "crise psychique", dans le besoin
-Des soins en santé mentale gratuits et pris en charge
- Des logements facilités et pris en charge pour les personnes en souffrance psychique précarisées
- La mise en place d'un revenu de vie décent et non de minimas sociaux en dessous du seuil de pauvreté ( AAH) pour les personnes souffrant de troubles psychiques et en situation de handicap psychique
- Des institutions publiques avec des services d'interprétariat
- La formation des professionnel-le-s de santé et santé mentale aux effets et enjeux sociaux et psychologiques du racisme et des autres formes de discrimination
- L'accès facilité à des professionnel-le-s de santé non-blanc-he-s conscientisé-e-s sur les questions liées au racisme et autres oppressions
-Des structures de soins qui rompent avec la "culture psychiatrique" et qui ne soient pas des lieux de restriction de liberté et de contrôle étatique
-L'abrogation du décret "hopsyweb" qui permet le fichage des personnes hospitalisés sans consentement
- La fin de l'incarcération des personnes souffrant de troubles mentaux
...La liste n'est pas exhaustive, c'est le système tout entier qu'il faut enrayer et le combat continue.
Force et courage au Collectif Justice et Vérité pour Babacar Gueye et aux personnes qui luttent à leurs côtés.